Droits de l’enfant, dignité des métiers : une semaine pour rappeler l’essentiel

Droits de l’enfant, dignité des métiers : une semaine pour rappeler l’essentiel

Cédric Gorin — Infirmier Puériculteur Cadre de Santé · Facilitateur · Formateur

À l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant (20 novembre) et de la Journée nationale des assistantes maternelles (19 novembre), la petite enfance rappelle à quel point les droits des enfants et la reconnaissance des professionnels forment une même exigence éthique. Garantir les droits de l’enfant implique nécessairement de soutenir celles et ceux qui contribuent à les faire vivre au quotidien.

16 novembre 2025

À l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant (20 novembre) et de la Journée nationale des assistantes maternelles (19 novembre), la petite enfance rappelle à quel point les droits des enfants et la reconnaissance des professionnels forment une même exigence éthique. Ces deux journées, souvent célébrées séparément, s’éclairent pourtant mutuellement : garantir les droits de l’enfant implique nécessairement de soutenir celles et ceux qui contribuent à les faire vivre au quotidien.

1. Les droits de l’enfant, boussole de l’accueil du jeune enfant

La Convention internationale des droits de l’enfant affirme que l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale dans toute décision le concernant (article 3). Dans le champ de la petite enfance, cela signifie offrir un environnement qui soutient son développement, sa sécurité affective, sa santé et sa capacité à s’exprimer.

Cette vision rejoint les fondamentaux du Référentiel national de qualité d’accueil du jeune enfant (2025) : sécuriser, individualiser, coopérer et reconnaître la place des familles. Les droits de l’enfant ne sont donc pas une abstraction juridique : ils prennent forme dans les gestes quotidiens des professionnels, dans les interactions, dans les adaptations, dans l’attention portée à chaque singularité.

2. Assistantes maternelles : un pilier discret, un rôle déterminant

Le rapport 2024 de l’Observatoire national de la petite enfance (ONAPE) rappelle que les assistantes maternelles représentent encore près de la moitié des places d’accueil pour les moins de 3 ans. Pourtant, le nombre de professionnels du secteur diminue de manière continue : –4,3 % entre 2022 et 2023, soit plusieurs milliers de places en moins.

~50 %

des places d’accueil pour les moins de 3 ans sont assurées par des assistantes maternelles (ONAPE, 2024)

−4,3 %

de professionnels du secteur entre 2022 et 2023, soit plusieurs milliers de places en moins

Cette tendance fragilise un mode d’accueil essentiel, en particulier dans les territoires ruraux et périurbains, où il constitue souvent la première solution disponible pour les familles. Or, préserver la diversité des modes d’accueil est une condition indispensable au respect des droits de l’enfant : droit à une place, droit à la stabilité, droit à un environnement soutenant.

La Journée des assistantes maternelles rappelle avec force que la qualité de l’accueil repose d’abord sur celles et ceux qui l’assurent. Le métier est exigeant, émotionnellement engagé, et profondément relationnel. Il nécessite de la reconnaissance, de la formation, un accompagnement structuré, et des conditions permettant d’exercer dans la durée.

3. La crèche et l’accueil familial : deux visages d’une même mission éducative

Loin de s’opposer, l’accueil collectif et l’accueil individuel participent d’un même projet : offrir aux enfants des environnements sécurisants, cohérents et adaptés. Le SDSF 2023-2027 insiste sur l’importance de diversifier les solutions pour répondre aux besoins de toutes les familles.

Dans les crèches, le développement des approches de qualité, d’inclusion et de sobriété – tel que le promeut le Référentiel national – contribue à mieux reconnaître le travail réel des équipes et à renforcer la cohérence pédagogique. Chez les assistantes maternelles, l’accueil individualisé favorise la continuité affective, la souplesse et la prise en compte fine des rythmes de l’enfant.

Ces deux modes ne sont pas concurrents : ils constituent les deux piliers d’un service public qui cherche à garantir à chaque enfant un accueil ajusté.

4. Innover pour préserver : des expérimentations qui montrent la voie

Face à la baisse des effectifs et aux besoins croissants des familles, plusieurs territoires ont engagé des démarches innovantes permettant de préserver – voire de revitaliser – l’accueil familial.

Pau — l’UFAC

L’Unité Familiale d’Accueil Collectif propose un modèle hybride où plusieurs assistantes maternelles exercent ensemble dans un lieu dédié, en lien avec une crèche municipale. Cette formule mutualise les moyens, renforce l’accompagnement pédagogique, sécurise les pratiques et lutte contre l’isolement professionnel.

Amiens — la MAMIP

La Maison d’Assistants Maternels à Initiative Publique illustre une autre voie : la collectivité met à disposition un lieu, soutient administrativement les professionnels et garantit une cohérence éducative tout en respectant l’autonomie de l’accueil familial.

Ces initiatives, inscrites dans les dynamiques territoriales du SDSF, démontrent que l’avenir de l’accueil familial passe par l’innovation publique : inventer des formats adaptés, soutenir la professionnalisation, créer des passerelles avec le collectif et consolider la qualité.

5. Droits de l’enfant et dignité des métiers : un horizon commun

La mise en œuvre concrète des droits de l’enfant repose sur une conviction simple : on ne peut pas garantir la bientraitance des enfants sans garantir la bientraitance organisationnelle de ceux qui les accompagnent. Cette idée, déjà soulignée par l’IGAS en 2023, traverse aujourd’hui les politiques publiques et les pratiques professionnelles.

Reconnaître le rôle des assistantes maternelles, valoriser leur expertise, renforcer les liens avec les EAJE et les partenaires du territoire, c’est agir directement pour la qualité d’accueil et l’épanouissement des enfants.

À l’inverse, la fragilisation du métier affecte la stabilité, la continuité, l’accessibilité et donc les droits fondamentaux des jeunes enfants.

Cette semaine, la juxtaposition des deux journées – celle dédiée aux enfants et celle dédiée aux professionnels – rappelle une évidence : les droits de l’enfant ne peuvent se vivre pleinement que dans des métiers reconnus et soutenus.

Conclusion

Celebrer les droits de l’enfant, c’est aussi célébrer celles et ceux qui les protègent par leur présence, leur attention et leur engagement quotidien. Reconnaître la place des assistantes maternelles, des équipes de crèche, des partenaires de terrain et des collectivités, c’est renforcer les conditions d’un accueil juste, stable et durable.

Dans un contexte de transformation profonde du secteur, cette semaine donne une portée particulière à notre mission : accompagner chaque enfant dans un cadre où la qualité, la dignité professionnelle et l’équité territoriale avancent ensemble.

Pour aller plus loin

Retrouvez les réflexions de Cédric Gorin sur la petite enfance, le management et la mixité dans son ouvrage.

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